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Edmond, Pierre et les autres...

Le 18 January 2019, 14:05 dans Humeurs 0

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Depuis quelque temps, je retrouve le plaisir de me rendre au cinéma. J'avais, en effet, délaissé quelque peu ce loisir sans doute par cette fâcheuse tendance à procrastiner mais également à suivre les envies de mon compagnon , or Co n'apprécie guère le cinéma contemporain et se gausse rapidement de la médiocrité ou de la bien-pensance des films projetés dans le cinéma près de chez lui.

J'ai donc pris la résolution de ne pas me conformer à son idée mais de retrouver un plaisir que j'éprouvais régulièrement à découvrir des univers variés. Hier, je me suis donc rendu dans ce cinéma art et essai qui me permet de profiter d'une projection dans de bonnes conditions pour 4,50 eur. Bien sûr pour ce prix, je dois prendre une carte d'abonnement de 10 places mais cela me permet de ne pas trop hésiter pour choisir un film. D'ailleurs, hier, je suis allée à deux reprises dans ce lieu, non par frénésie mais parce que cela répondait à une opportunité. J'ai donc découvert deux films fort différents mais tous les deux français.

A 14h, j'ai donc investi la salle pour regarder Edmond qui raconte, de manière fort romanesque, la création de Cyrano de Bergerac, pièce que j'adore. Bien sûr, on pourra reprocher à ce film une trop grande liberté prise avec les conditions réelles de l'écriture de la pièce, des ficelles romanesques convenues et prévisibles qui rendent la fin du film quelque peu absurde mais je trouve que cela permet d'être en harmonie avec le ton de la pièce évoquée, cette alliance du grotesque et du sublime, ce texte certes parfois facile et démago mais aussi très poétique. Je sais qu'on a reproché à Rostand d'avoir usé de formules faciles, populaires mais ça marche, les mots percutent, l'émotion se déploie. Alors c'est peut être avec des sabots mais le chemin mène à une mort qui tétanise le spectacteur. J'ai eu la chance de voir Cyrano joué à la comédie française sous la direction de Podalydès et je me souviens avoir été gênée par un voisin qui prononçait les vers en même temps que Cyrano. Moi même, j'ai obligé déjà à apprendre des tirades de cette pièce et j'ai vécu des moments merveilleux à les écouter récitées. Le film Edmond rend parfaitement compte de la véritable emprise qu'exerce l'oeuvre sur son auditoire et permet de passer un fort agréable moment. Le début du film est marqué par une restitution du Paris de l'époque que j'ai trouvée extrêmement belle. J'aimerais tellement pouvoir découvrir ainsi la vie à diverses époques parce que je me rends compte que je ne parviens guère à saisir la réalité de la vie quotidienne qui existait notamment lorsque je lis des romans du XIXè. J'ai plein de discours caricaturaux sur la condition des femmes, sur l'organisation d'une famille mais qu'en était-il réellement?

Je suis rentrée et ai répondu à un ami qui m'est cher et qui venait me demander des nouvelles, inquiet de mon état psychologique en cette triste période anniversaire. 12 ans que la jolie demoiselle nous a brutalement quittés. 12 ans que je n'oublie pas la douleur terrible qui fut la leur. Il nous est toujours compliqué de nous appeler car cet ami et moi avons beaucoup de mal à gérer la nécessaire distance qui nous lie et devons oublier ces difficultés pour entamer la conversation. Toutefois, très rapidement nos liens se retrouvent et la force de notre amitié, de notre connivence nous enlace. Quelle ne fut pas notre surprise de découvrir que, sans nous concerter, nous avions vu le même film, à la même heure, dans le même genre de cinéma. Malgré les 1000 km qui nous séparent, nous avions donc vécu la même expérience et les mêmes sensations. Bien sûr, a posteriori, que nous ayons vu ce film n'est guère étonnant vu la correspondance de nos goûts mais la simultanéité confère une dimension magique qui nous laisse finalement rêveurs quant à la certitude de notre lien. J'ai alors signalé à cet ami le second film qui occuperait ma soirée et il m'a rappelé que l'acteur que j'allais rencontrer avait fréquenté le même lycée que lui.

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Le soir, avec Co, je suis retournée, dans le même cinéma et dans la même salle pour découvrir un film dont je ne connaissais même pas le titre. Si j'avais pris des places l'après midi même c'était pour rencontrer Pierre Richard, acteur dont les films ont accompagné mon enfance et que Co apprécie également. Lui, connaissait également le réalisateur qui me semblait inconnu. Il s'avère, après quelques recherches, que j'ai également vu plusieurs de ses films les plus récents. Nous nous sommes donc installés pour regarder A cause des filles..? D'emblée, ne voulant sans doute pas subir la horde des féministes, le réalisateur s'est empressé de préciser que cette préposition était à prendre à la Proust, c'est à dire "grâce aux filles" mais qu'il en aimait la tonalité populaire et la force d'accroche. Cette mise en bouche était accompagnée également de Pierre Richard qui n'a manqué de répéter le plaisir qu'il avait pris à être dirigé par Pascal Thomas et le regret de n'avoir pas vécu cette expérience plus tôt. Pour ma part, ce qui m'a attirée, c'est la vivacité, la tonicité et le dynamisme de l'acteur. Rien chez lui ne rappelle ses presque 85 ans. La voix n'est pas chevrotante, la démarche n'est pas hésitante et s'il manifeste une certaine morphologie de la vieillesse, un léger embonpoint abdominal, une peau quelque peu ridée, il se révèle un homme fort séduisant. Je n'ai pu m'empêcher de voir en lui le portrait de mon ami appelé le jour même, notamment lorsque je regardais la blancheur de ses cheveux, la forme de son cou, le grain de sa peau, la gestuelle de ses mains. Je m'égare.

Le film, une gentille tragi-comédie, est fondé sur une idée plutôt réjouissante: une femme voit son mari la quitter dès la fin de la cérémonie puisqu'à la sortie de la messe, ce jeune marié descend les marches de l'église pour rejoindre sa maîtresse qui l'attendait dans la voiture des mariés. Le repas de noce a pourtant lieu, dans un cadre sublime, le bassin d'Arcachon. L'organisation de cette noce donnerait envie de se marier, pas de chichi, des tables en fer forgé, des huitres, des crevettes roses et du vin blanc. Je me suis, l'espace d'un instant, imaginé vivre ce moment (l'espace d'un instant bien sûr, il ne faut pas déconner quand même). Durant cette noce, chacun en vient à raconter des situations de tromperies et de mensonges, des relations qui n'aboutissent pas, des unions qui n'auront pas lieu. Les évocations amènent la mise en scène de ces histoires, l'occasion de croiser nombreux acteurs fort connus et notamment la sublime et irrésistible Irène Jacob. Film à tiroirs qui, comme le veut le genre, se développe dans l'inégalité des histoires racontées mais qui résistent à l'impression de pensée hétéroclite par l'unité des narrateurs, le retour permanent à la noce et à l'orchestre qui l'anime. C'est dans une de ces histoires que Pierre Richard apparaît, personnage qui est également présent à la noce. L'histoire de Pierre Richard frôle avec le merveilleux, la force de la danseuse qui l'accompagne se révèle féérique, et le discours porté "quitter tout ça, déjà?" ne peut laisser indifférent. Par ailleurs, la noce a été filmée à Lege-cap-ferret, ville entre le bassin d'Arcachon et l'océan atlantique, des lieux que je connais pour les avoir parcourus à vélo il y a près de dix ans en compagnie de l'ami précédemment évoqué. Cette semaine à vélo avait été éprouvante non par la difficulté du terrain mais par les conditions météorologiques rencontrées. Pendant 8 jours, nous avions dû faire face à la pluie et au vent alors que nous étions partis sous un grand soleil et donc que nous étions sous-équipés pour affronter le froid. Revoir la lumière de ces lieux, les cabanes de pêcheurs qui nous avaient tant charmés m'a emportée l'espace de quelques instants dans une nostalgie douce-amère puisque même si j'aimerais revivre de tels moments aussi agréables, je ne supporterais pas de retrouver la situation qui était la mienne à l'époque. C'est donc à une parenthèse-enchantée que m'a renvoyée ce film qui, lors de ces tiroirs, renvoyait putôt à la réalité de ma vie à cette époque-là. Je m'égare encore. En conclusion, si le film souffre de quelques longueurs, il alterne efficacement sourire et sérieux et permet de belles scènes.

Si nous avons pris un billet pour cette séance, c'est donc parce qu'elle permettait la rencontre avec le réalisateur et un des comédiens. Il est généralement intéressant de rencontrer le réalisateur puisque cela permet de connaître la visée du film et de découvrir quelques anecdotes de tournage, comme pour donner l'illusion que ce monde deviendrait accessible, que l'on pourrait le maîtriser. Comprendre que certains passages sont liés à une météo capricieuse, d'autres à des craintes suite au matraquage "metoo" ou enfin à la volonté de certains acteurs donne au spectateur la dimension cartésienne, pragmatique d'un film. Forcément, il y a des passages convenus, une prétendue complicité avec l'acteur fort bien jouée, une séduction du public... Mais, les invités ont semblé plutôt sincères et généreux dans les échanges. Sans doute la personne qui menait l'entretien n'avait pas le charisme et les connaissances cinématographiques nécessaires, sans doute aurais-je préféré ne pas entendre ces mots si douloureux "mort subite du nourrisson" en cette veille d'anniversaire mais nous avons, l'un et l'autre, passé une bonne soirée.

Résultat de recherche d'images pourPhoto (office du tourisme) de l'endroit où se déroule la noce

C'est bien sûr en marchant que nous avons regagné l'appartement de Co et avons, durant cette balade, évoqué notre plaisir réciproque. Je suis toujours un peu perplexe face aux affirmations de Co qui peut facilement affirmer ce qu'il ne pense pas et parfois, je doute de ses dires mais là, je crois qu'il n'a pas détesté, ce qui est déjà une appréciation presque élogieuse. Durant ce moment, je n'ai pu m'empêcher de revenir sur une scène, charmante même si complétement prévisible, durant laquelle deux jeunes enfants s'écrivent leurs pensées les plus profondes. La bouleversante déclaration de la jeune fille se heurtait à la réflexion fort pragmatique du jeune garçon et faisait écho à la relation que Co et moi entretenons. Combien de fois espère-je quelques déclarations sentimentales de sa part et dois me résoudre à me limiter à quelques réponses laconiques, quelques assentiments froids et distants. Même si peu à peu j'accepte nos différences, je me sens également désavouée par cette situation qui n'est guère propice à me rassurer. Parfois, je me demande même s'il n'est pas avec moi que par pis-aller et me complais à imaginer ses relations passées qui, forcément, étaient plus passionnantes, plus enrichissantes pour lui. Ainsi, alors que je lis les lettres de François Mitterrand à Anne, je regrette qu'il ne m'adresse jamais de pareilles missives; je sais qu'il en a écrit d'enflammées à une relation passée alors qu'il se trouvait dans un payx étranger, je me rappelle qu'il m'avait écrit envoyer régulièrement un mail à une plus récente relation mais, moi, rien. A peine ai-je le droit à quelques mots lorsque je lui adresse un courriel. Il n'en faut pas plus pour me sentir illégitime, inférieure, non aimée. J'en oublie la permanence de notre relation puisque je suis la première femme avec qui il vit chaque jour le quotidien, la première relation qui ne soit pas épisodique (le week end et les vacances scolaires par exemple). Mais, sans doute en raison d'un manque de confiance et d'une relation passée fort destructrice, j'ai tendance à ne voir que le vide du verre, que le pire d'une situation lorsqu'il s'agit de relation amoureuse.

Sans doute une des raisons pour lesquelles je ne suis pas capable d'écrire des phrases légères, de conter des anecdotes avec verve et finesse, c'est parce que je suis incapable de vivre les choses à la légère, que je suis incapable de me sentir légère. Tout chez moi doit être exclusif, rigoureux, passionné. Bref, je suis une plaie!

jaune orange rouge, des couleurs complémentaires?

Le 16 January 2019, 19:06 dans Humeurs 0

Actuellement je peux lire sur quelques blogs des interrogations concernant les gilets jaunes. Je crois que je me pose sensiblement les mêmes questions même si je comprends également que ma situation relativement privilégiée biaise forcément ma compréhension du problème.

Ce que je sais, c'est que j'ai une sympathie particulière pour les "origines" du mouvement.  Même si j'entends çà et là quelques rumeurs concernant quelque complot mal défini, même si je sais quelques gilets jaunes trop nationalistes, je reconnais également un ras-le-bol compréhensible, une impression d'une France à deux vitesses, ceux qui triment pour un salaire de misère et ceux qui profitent du dur labeur des autres pour avoir une vie rêvée.  

Ce que je sais également c'est que j'ai envie de les défendre quand j'entends quelques remarques sur leur manque de civisme, sur leur soi-disant vulgarité, sur le ras-le-bol des blocages occasionnés. Une personne que je côtoie régulièrement ne cesse de les mépriser, de les railler, personne qui n'est elle, jamais capable de se remettre en question et qui vit dans une petite maison cossue de centre ville. Je ne dis pas qu'elle ne mérite pas ce qu'elle a mais je suis lasse de son manque d'empathie, lasse de son incapacité à sortir de sa bulle.

Ce que je sais également est qu'effectivement certaines personnes ont perdu dans ces blocages et qu'elles ont été parfois malmenées, angoissées alors qu'elles étaient plutôt en accord avec le constat rejeté. Mais, je crois que nombreux sont ceux qui jouent la corde sensible du "on va devoir licencier" parce qu'ils refusent de perdre quelque marge substantielle. Je ne récuse pas l'idée que certains restaurateurs aient vraiment rencontré des difficultés mais c'est également oublier que nombreux grévistes rencontrent les mêmes.

Je peine à supporter un discours pourtant répandu dans le milieu que je côtoie qui consiste à répéter à l'envi "avec mon niveai d'étude, je devrais être payé plus". C'est un argument que je ne comprends pas. Les études que j'ai suivies, je les vis comme une chance, pire, comme un privilège. J'ai pu obtenir un diplôme supérieur et ai donc profité d'une situation plutôt confortable au-delà de mon vingtième anniversaire. Pourquoi cela me donnerait-il plus de droits que celui qui depuis l'âge de 14 ans a connu les difficultés de l'apprentissage, les douleurs physiques d'un travail manuel? Si nous travaillons avec la même fatigue et la même responsabilité, pourquoi mon niveau d'étude devrait me permettre de gagner plus? Certes, si j'avais choisi le monde de la banque ou des assurances, mes revenus seraient bien plus importants mais ai-je envie de ce milieu? ESt-ce que je suis prête à accepter cet univers pour quelques centaines d'euros? Je ne le crois pas. Par contre, avoir gagné autant que mon père alors que nous avions 25 ans d'écart, que je débutais et qu'il avait lui 30 ans d'ancienneté, oui, cela m'a choquée. Surtout que lui, 10 ans plus tard, son salaire était toujours le même tandis que le mien l'avait largement dépassé. 

Ces gilets jaunes sont parfois fort mal informés et sans doute crédules voire manipulés par des discours erronés mais leur souffrance n'est pas feinte, leurs difficultés sont réelles. Commment pouvaient-ils supporter dépenser encore plus en carburant alors qu'on les avait incités à lâcher leur vieille voiture, alors que les vols en avion coûtaient eux toujours moins cher. Comment croire que l'écologie est le motif de toutes ces taxes quand le ministre de l'environnement prend un vol privé pour un aller retour en Chine pour inauguer je ne sais plus quel salon de l'environnement (sic). 21 heures de vol pour 24 heures sur place... Est-ce cela l'écologie? Comment croire à l'écologie quand ce même ministre de l'environnement utilise un hélicoptère pour se rendre dans les Pyrénées. ALors, bien sûr, la remarque est facile mais de nos jours où on parle de symbole, de nécessité d'un effort, il est compliqué d'accepter de tels décalages! 

Dans ma petite ville actuellement, qui veut se déplacer à vélo doit s'armer de courage et aimer le risque. Les travaux ont bien voulu s'adapter aux voitures mais les cyclistes, eux, sont priés de mettre pied à terre.  Les pistes cyclables ont été fermées pour laisser passer les voitures et bien sûr nombreuses sont encore les pistes qui se terminent en cul de sac. Bref, on veut l'écologie mais on ne revoit pas les modes de vie. D'ailleurs, dans quel habitat résident nos politiques et ces personnes qui en ont marre des gilets jaunes. Bien souvent, ce sont des nantis qui habitent soit des maisons individuelles soit de grands appartements, c'est à dire des habitats qui obligent à l'éloignement des résidences faute de places, des habitats peu ecologiques. Si demain le gouvernement demandait à toutes les personnes résidant dans un appartement trop grand pour elles de payer d'importantes surtaxes voire de libérer de l'espace, ne seraient-elles pas en train de manifester. Il est facile de critiquer ceux qui se plaignent, d'être persuadé qu'on fait mieux mais, on peine généralement à regarder ce qui ne va pas chez soi. Par exemple, je ne vois pas souvent cette chère personne qui insulte les gilets jaunes ne pas prendre sa voiture alors que seuls 4 kilomètres séparent son domicile de son travail. L'autre jour, alors qu'elle affirmait sa nécessité de manger bio, je m'étonnais de la voir croquer dans une pomme en janvier. Je ne la blâme pas, chacun fait des petits compromis, vit comme il peut mais, dans ce cas, on essaie au moins de comprendre et on ne se pose pas en donneur de leçons (même si, en ce moment, c'est exactement ce que je fais!). "Fais ce que tu voudras" ordonnait ainsi la règle de l'abbaye de Thélème, joli paradoxe qui prouve bien qu'il est toujours compliqué de vouloir être tolérant. Quant à moi, je suis consciente de ne pas mettre tout en œuvre car bien souvent, par exemple, la fatigue, la paresse m'entraînent vers ma voiture alors que Co enfourche son vélo.

Co, lui, est plutôt sympathisant des gilets jaunes mais je le soupçonne de l'être d'autant plus que les gens qu'il fréquente les abhorrent. C'est un peu dans son caractère, toujours vouloir se démarquer, malgré son flegme qui n'a rien de britannique, il se révèle un véritable Cerbère quand il s'agit des entraves à sa liberté de pensée, et lorsqu'il entrevoit quelconque bien-pensance. Nous avons eu, il y a quelques semaines, une discussion assez houleuse avec des amis qui affirmaient la bêtise des gilets jaunes, ne les voyant que comme des écervelés égoïstes dépourvus de conscience écologique. Cet ami se glorifiait de se rendre à vélo et considérait que tout le monde devait agir comme lui. Bien sûr, nous reconnaissons ses efforts, couches lavables, déplacements verts, absence d'hyperconsommation... Mais, il vit en ville, avec des salaires plus que raisonnables, bénéficient d'infrastructures diverses... Je ne mentionnerai pas ici les petits arrangements avec leur fibre mais ils en ont comme tout le monde mais bien sûr, ils ne les voient pas ou les minimisent. S'ils devaient justement compter chaque centime, pourraient ils être si bien agissants? Sans doute certains y parviennent mais doit on l'exiger de tous alors qu'on n'aide généralement pas ceux dont on exige trop?

Je ne peux cautionner la violence mais je suis toujours un peu réticente devant des forces de l'ordre apparemment provocatrives, devant des situations qui encouragent la violence. Je suis un peu triste quand je me souviens des paroles de Co au début du mouvement, il avait anticipé ces faits de violence et le déroulé des opérations, la manipulation de l'opinion publique. Et d'ailleurs, dans ce mouvement, c'est cela que je retiens finalement le plus: comment savoir ce qui est vrai, qui permet d'accéder à une information fiable et objective? Les rares journaux que j'ai consultés m'ont prouvé leur triste partialité. Maîtrisant un tout petit peu l'art de la rhétorique, je m'amuse à constater comment ils amènent une opinion plus qu'une exposition des faits. Quant aux réseaux sociaux, ils semblent parfois plus bruts mais également tellement désinformés. C'est généralement à travers un sujet que l'on connaît bien que l'on peu mesurer les erreurs voire les contre-vérités, pire les preuves d'une manipulation.

Et dans mon domaine, je lis de nombreuses désinformations tant du côté de ceux qui se défendent que de ceux qui tentent de justifier la situation catastrophique des réformes. Et ça me fait peur... Si jamais on ne pouvait plus jamais savoir? Si tout était corrompu? Comment pouvoir se forger un avis?

Des repas à la grimace

Le 13 January 2019, 20:58 dans Humeurs 0

Il y avait lorsqu'ils étaient plus jeunes des évidences, des conversations récurrentes, tellement bien rôdées qu'elles finissaient presque par lassées parce que le repas de la cantine, les dernières chamailleries ou les résultats sportifs, c'est toujours un peu la même histoire. Il y avait autour de la table des bruits, des voix, des paroles coupées mais surtout de la vie, leur vie qui se déroulait, dont je profitais.

Et puis, le premier est parti si loin pour des études et un univers qu'il voulait découvrir. On n'était pas triste car il était heureux mais les repas étaient un tout petit peu moins joyeux. Puis il y a eu le second, moins loin mais toute la semaine pour des études, un métier qui s'offrait à lui. On n'était pas triste car il était heureux mais les repas ont été encore un peu moins joyeux. 

Et puis, il est arrivé tout d'abord pour quelques repas puis pour tous les jours et celui qui reste se retrouve donc seul face à deux adultes, deux adultes qui ne la comprennent pas, un qu'elle n'apprécie pas vraiment et l'autre, qui est sa mère mais à qui elle n'a pas envie de se confier. Se retrouver seul ados dans ce monde nouveau ne se fait pas sans heurts.

Il y a des soirs où ses sourires nous apprivoisent et où nous l'écoutons décrier les enseignants, les cours, leur organisation... Eternelle insatisfaction de l'élève qui ne se sent pas à sa place, qui ne voit pas de raison à cette souffrance. Et puis, il y a les soirs mutiques durant lequel aucun son ne sort de sa bouche, soir durant lesquels chacune de nos interventions entraînent au mieux un monosyllabe, au pire un haussement d'épaule. La soirée devient pesante, lugubre et l'heure de la fin du repas sonne le soulagement et l'impression que la respiration devient de nouveau possible.

Parce qu'il y a une règle sur laquelle je ne transige pas aussi pénible soit chacun de ces repas, c'est que ces repas seront pris tous ensemble, sans télévision, sans téléphone portable, ensemble! Depuis que l'ainé est en âge de manger, ces repas se passent ainsi et, même s'ils ne sont pas toujours agréable, c'est tout de même le moment où je peux la voir, lui parler et même si elle ne me répond pas, je peux lui répéter que je crois en elle, que je tiens à elle. Même si je trouve qu'elle passe trop de temps sur son téléphone, même si je trouve qu'elle n'a pas assez envie de s'ouvrir à la société, même si on n'a pas les mêmes envies, les mêmes goûts, elle reste ma toute petite et je ne veux pas qu'elle imagine que ces repas seraient mieux sans elle.

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