Depuis que j'ai deux maisons, je ne me sens chez moi nulle part, écartelée entre enfants et compagnon, c'est toujours incomplète que je vis. Là-bas, en pensant à elles ici, ici, en pensant à lui là-bas à moins que ce ne soit le contraire. Le choix d'une garde alternée sans changement de domicile pour les enfants est, pour nous, un choix judicieux et sécurisant pour les enfants mais profondément compliqué pour les adultes. Plus compliqué que pour un enfant, je ne peux le dire, je ne l'ai pas vécu mais peut-être?

Ce fut notre choix et s'il est économiquement un gouffre, il semble cohérent pour nos enfants. Bien sûr, il faut pour cela une grande maison pour que chacun puisse y avoir sa chambre, il faut deux autres lieux d'hébergement pour que chacun puisse avoir un lieu où se retrouver. Et enfin, il faut beaucoup de compréhension pour ne pas reprocher à l'autre l'empreinte qu'il ne manque de laisser (vaisselle parfois sale, ménage insuffisant, affaires qui trainent...).  Et, il faut se moquer éperdument du regard des autres qui ne manquent pas de toujours critiquer ce qu'ils ne comprennent pas puisque ce n'est pas courant.

Mais, nos enfants ont gardé leur école, leurs amis, leur chambre, leur cocon et comprennent qu'ils sont ce qu'il y a de plus important au-delà de la mésentente de leurs parents. Ils sont aussi gardés à l'écart de la vie sentimentale de leurs parents, vie qu'ils n'ont généralement pas envie de partager. Toutefois, ils connaissent nos conjoints respectifs et les respectent.

Je ne dis pas que c'est la meilleure solution, c'est juste celle que l'on a choisie, celle qu'on arrivait à assumer, celle qui permettait d'avancer.

Mais, depuis, je n'arrive plus à avoir de chez moi, à me sentir complète, à me projeter vraiment. L'ici et maintenant, comme j'aimerais m'en satisfaire! Comme j'admire ceux qui parviennent à profiter de chacun des trésors. Pour moi, tout a la saveur de l'inachevé, de l'impossible.

ALors, dès que je peux, dès que j'ai quelques jours devant moi, je pars, je voyage autant que possible. A l'affut de vols bon marché, de chambres bradées, je parcours la France, l'Europe et rêve à d'horizons encore plus lointains. Ou plutôt nous parcourons parce que, dans ma grande immaturité, je suis incapable de voyager seule. Alors, tantôt avec mes filles, tantôt avec lui, je m'envole. J'aimerais dorénavant trouver la force de voyager seule, de ne plus attendre après son assentiment qui m'oblige à attendre, à moins rêver.

J'admire ceux qui se suffisent à eux-mêmes, ceux qui trouvent en eux la force et l'énergie, ceux qui n'ont besoin de personne, ceux qui n'attendent rien des autres. Non pas les égoïstes mais les gens de ressource, les gens porteurs de force. Moi, je m'ennuie, je me désespère, je deviens léthargique dès que je n'ai que moi comme seule compagnie.