Dans le froid revenu, peu à peu dissipé par le soleil automnal, je regarde le trépidant parking en contrebas de la fenêtre de cette chambre d'hôpital. 532. Quinze jours plus tôt c'était la 523 et sa vue sur le boulevard qui nous accueillait. Et dans deux semaines ? Nul encore ne le sait.

Assis dans ce haut fauteuil de cuir quelque peu étroit pour ce corps proéminent, il attend. Chaque mercredi, ainsi, il vient chercher sa dose. Le bras prêt à accueillir l'aiguille, il attend sa perfusion. Le regard inquiet, le souffle fatigué, il égraine les dernières nouvelles donnée par le médecin. Le colon lui dit-on. Les analyses sont encourageantes lui assure-t-on. Et il attend. Chaque minute après l'autre, il espère son tour. Les minutes deviennent des heures. La patience devient irritation. L'ennui dépression.

14h10, 5h après son admission, la délivrance est proche. La première dose, le début du retour envisagé. Il a rejoint le lit. En position foetale, Le sommeil enfin le gagne et je referme la porte sur ce père si fragile.

 

À mon retour, une respiration régulière m'accueille. J'enveloppe d'un regard nouveau cette masse corporelle que je croyais infaillible. Je m'assieds sans bruit pour ne pas perturber cette brève quiétude. La fatigue le terrasse au point de ne pas entendre la sonnerie stridente signalant la fin de sa cure.

17h. Le pochon accroché à son épaule, il sourit à l'ambulancier qui le ramènera chez lui, avant la prochaine fois. Deux semaines pour donner du temps à ces molécules d'agir. Deux semaines entre espoir et crainte. Deux semaines à lutter contre ces effets secondaires indésirables. Deux semaines qui s'etireront, hors de l'agitation, de la foule, de la vie. Deux semaines et on se retrouve mercredi.

Je rentre chez moi, à quelques minutes de cette chambre 534. Je rentre, l'embrasse et l'entends m'annoncer son départ prochain pour répondre à une invitation et pour quitter ces lieux dans lesquels il traine son ennui depuis la cessation de son activité. Je recherchais un soutien, un réconfort, je reçois une estocade. 

On est décidément bien seul quand on est endolori.