Il faudrait que je puisse expliquer cette histoire, il faudrait que je puisse conter notre organisation mais elle s'emmêle et les mots ne viennent pas pour l'exposer. Ou plutôt ils viennent trop clairement, trop abruptement et ne parviennent pas à décrire la complexité de la situation. C'est vrai sur le papier, c'est clair. Une vie avec deux mi-temps: un mi-temps pour les enfants, un mi-temps pour l'amant. PArfois ces mi-temps se chevauchent mais généralement ils s'intercalent. Et de l'autre côté, il y a également deux mi-temps mais ce n'est pas tout à fait les mêmes. Un mi-temps pour l'amante et un autre temps pour les amis, et parfois les enfants (grands, très grands les enfants, tellement grands qu'ils sont la raison d'être de petits-enfants).

On pourrait croire que c'est commode, que c'est réglo et pourtant il y a une partie de moi qui ne parvient pas à accepter cette vie-là, une vie à mi-temps ou finalement une double vie avec de moins en moins de points qui communient.

Ce week end en fut un témoin douloureux. Un week end de séparation puisque, pour moi, un week end avec les enfants. Sauf que les enfants qui ne sont pas encore très grands mais assez grands quand même et avaient ce week end pris la clef des champs. Chouette un week end supplémentaire avec l'amant? Que nenni! Pour l'amant c'était un week end amis et auprès de ces amis-là je suis persona non grata. On ne laisse pas entrer celle qui a brisé un couple si robuste depuis des années! Bien sûr, c'est toujours la maîtresse la coupable, la méchante, la pestiférée. Et cette situation là, je n'en peux plus, je ne la supporte plus. Parce que ça fait 8 ans que nous vivons ensemble, 8 ans que je cherche à comprendre, à me cacher, à ne pas la perturber. 8 ans qu'elle le menace de tous les mots s'il ne suit pas à la lettre ses directives, 8 ans que notre vie n'est jamais en tout point satisfaite. Un jour je raconterai peut-être ces 8 ans de calvaire, d'insultes, de coups, de menaces. Mais  je n'en ai pas la force.

Alors, ce week end je me suis dit que je devais cesser cette vie hors du temps, cette vie étriquée qui se compose d'un nous sans horizon, d'une vie sans résonnance. Je n'arrive pas vraiment à expliquer pourquoi je ne parviens pas à accepter cette mise à l'écart, pourquoi je ne parviens pas à me contenter de ces miettes qu'il me reste. Peut-être parce qu'une part de lui est là-bas, sans doute l'une des plus agréables et que cette part là m'est interdite. Sans doute un besoin de reconnaissance après tous ces coups bas reçus. L'impression que je le perds chaque jour un peu plus parce qu'on ne peut jamais prévoir, jamais se projeter tant on ne sait jamais dans quel mi-temps on joue.