Les calmants consommés ont enfin permis à mon esprit de se libérer, mon corps s'est détendu, mon cerveau embrumé me permet d'errer dans un monde quelque peu confus, quelque peu éloigné. J'aime cet état, cette fatigue latente, cette pesanteur engourdissante qui m'octroie une protection passagère. Je ne suis plus moi, je ne suis plus dans la douloureuse réalité, je ne suis plus dans cette vie condamnée.

Les minutes passent, lentes, sans accroc. Les élèves me font face, réfléchissent, s'essaient, s'interpellent mais peu s'agitent. Quelques questions parfois s'immiscent dans mon environnement finalement si loin d'eux. Je tape sur les touches, je les regarde d'un oeil et les minutes se poursuivent, les vers se dessinent, la poésie prend presque forme mais le cours se termine.

Un nouveau groupe, même consigne, même impatience vers l'inaccessible réussite. La consigne les interpelle, les effraie et les excite. Ils entrent dans la poésie avec enthousiasme et crainte et peu à peu le silence s'installe. Quelques murmures et le nuage de nouveau m'enveloppe. Dans 45 minutes ils sortiront en riant, les voix se feront fortes, les sourires salueront mon week-end à venir. Ils auront essayé, espéré, renoncé puis essayé encore. Un mot, un sourire, un simple regard et les voilà repartis, délirant, espérant, raturant... Se tromper mais y croire.

La pesanteur se fera un peu moins lourde. L'espace de quelques minutes son absence aura été oubliée. Et mes pas se feront un tout petit peu plus légers.